Du Noyau au Réseau [CONTENT ?/?]
Vous connaissez déjà les éléments de base : le noyau atomique, la fission, l’énergie de liaison et E=mc². [CONTENT ?/?]
Ce module pose la question suivante : comment utilisons-nous réellement cela : de manière sûre, fiable, pendant des décennies ? [CONTENT ?/?]
Une centrale nucléaire est, au fond, une manière très contrôlée de faire bouillir de l’eau. La clé réside dans le mot contrôlée. Chaque accident de réacteur de l’histoire remonte à un moment où ce contrôle a été perdu : par la physique, par l’ingénierie ou par une décision humaine. [CONTENT ?/?]
Nous passerons des mathématiques des réactions en chaîne, aux cycles du combustible et à l’hydraulique des fluides de refroidissement, jusqu’aux défaillances physiques spécifiques qui ont causé SL-1, Tchernobyl et Three Mile Island.
Ceci est un cours de génie nucléaire de niveau collégial communautaire. Attendez-vous à des chiffres, des équations et un raisonnement réel. [CONTENT ?/?]
Que savez-vous déjà ? [CONTENT ?/?]
Avant de commencer, calibrons vos connaissances. [CONTENT ?/?]
Cycle de vie du neutron [CONTENT ?/?]
Chaque neutron a une histoire
[CONTENT ?/?]Un neutron né de la fission voyage dans le réacteur et finit par faire l’une de quatre choses : provoquer une autre fission, être absorbé sans provoquer de fission, s’échapper du réacteur, ou se désintégrer (rarement : la demi-vie du neutron est d’environ 10 minutes, bien trop longue pour compter en physique des réacteurs). [CONTENT ?/?]
Le rapport entre le nombre de neutrons d’une génération et celui de la génération précédente est le facteur de multiplication k. [CONTENT ?/?]
- k < 1 : sous-critique : la réaction en chaîne s’éteint [CONTENT ?/?]
- k = 1 : critique : la réaction en chaîne se maintient à puissance constante
- k > 1 : supercritique : la puissance augmente [CONTENT ?/?]
Un réacteur en fonctionnement normal fonctionne exactement à k = 1. Un réacteur en phase de démarrage a brièvement k légèrement supérieur à 1. L’arrêt signifie que k est ramené bien en dessous de 1. [CONTENT ?/?]
Pour comprendre ce qui contrôle k, nous utilisons la formule à quatre facteurs pour un réacteur infini (sans fuite) : [CONTENT ?/?]
k∞ = η × ε × p × f [CONTENT ?/?]
Chaque facteur représente une étape du cycle de vie des neutrons. Nous allons les examiner un par un. [CONTENT ?/?]
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Formule à quatre facteurs [CONTENT ?/?]
k∞ = η × ε × p × f
η (eta), facteur de reproduction : le nombre moyen de neutrons rapides produits par neutron thermique absorbé dans le combustible. Pour l’U-235, η ≈ 2,07. Pour le Pu-239, η ≈ 2,11. C’est le facteur de gain : combien de nouveaux neutrons chaque fission nous fournit-elle ? [CONTENT ?/?]
ε (epsilon), facteur de fission rapide : tient compte des fissions rapides dans l’U-238. Les neutrons rapides issus de la fission de l’U-235 peuvent provoquer des fissions dans l’U-238 abondant avant de ralentir. ε ≈ 1,03–1,07 pour un assemblage combustible typique de REl. Il est toujours supérieur à 1, un petit bonus. [CONTENT ?/?]
p : probabilité d’évitement des résonances : probabilité qu’un neutron ralentisse des énergies rapides aux énergies thermiques SANS être capturé par les pics de résonance de l’U-238. L’U-238 possède d’énormes sections efficaces de capture aux énergies spécifiques (pics de résonance) dans la gamme épithermique. Dans un REl typique, p ≈ 0,75–0,80. C’est le terme de perte le plus important. [CONTENT ?/?]
f : facteur d’utilisation thermique : fraction des neutrons thermiques absorbés dans le combustible (plutôt que dans le modérateur, les matériaux de structure ou les barres de commande). f = Σ_combustible / Σ_total. Dans un REl typique sans barres de commande insérées, f ≈ 0,71–0,75. [CONTENT ?/?]
Exemple : η=2,07, ε=1,04, p=0,77, f=0,73 → k∞ = 2,07 × 1,04 × 0,77 × 0,73 ≈ 1,21 [CONTENT ?/?]
Cela signifie que dans un réacteur infini ce combustible serait fortement supercritique. Les réacteurs réels sont finis : les fuites réduisent k en dessous de k∞. [CONTENT ?/?]
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Comprendre les quatre facteurs
Un opérateur de réacteur remarque que l’insertion plus profonde des barres de commande réduit la puissance du réacteur. Les barres de commande sont constituées d’un matériau absorbant les neutrons (bore ou hafnium) inséré dans la région du combustible. [CONTENT ?/?]
Formule à six facteurs et fuites
Les réacteurs réels sont finis
[CONTENT ?/?]La formule à quatre facteurs suppose un réacteur infini : aucun neutron ne s’échappe. Les réacteurs réels ont des limites, et les neutrons près de la surface peuvent s’en échapper et être perdus. [CONTENT ?/?]
La formule à six facteurs ajoute deux probabilités de non-fuite : [CONTENT ?/?]
k_eff = η × ε × p × f × P_FNL × P_TNL [CONTENT ?/?]
- P_FNL : probabilité de non-fuite rapide : probabilité qu’un neutron rapide ne s’échappe pas avant de se thermaliser. Typiquement 0,97 dans un gros REP. [CONTENT ?/?]
- P_TNL : probabilité de non-fuite thermique : probabilité qu’un neutron thermique ne s’échappe pas avant d’être absorbé. Typiquement 0,99 dans un gros REP. [CONTENT ?/?]
La fuite explique pourquoi les petits réacteurs sont plus difficiles à rendre critiques. Un petit réacteur a un rapport surface/volume élevé : proportionnellement plus de neutrons atteignent la frontière et s’échappent. [CONTENT ?/?]
Le buckling géométrique B² quantifie la tendance à la fuite. Une sphère a le plus faible rapport surface/volume et donc le plus faible B² pour un volume donné : c’est pourquoi les cœurs de bombe sont sphériques (maximisant k_eff pour une masse donnée).
Dans un grand REP commercial (1000 MWe), k∞ ≈ 1,2 en début de vie sans barres de commande, mais les fuites et les barres de commande ramènent k_eff exactement à 1,000 en fonctionnement. [CONTENT ?/?]
Neutrons prompts vs neutrons retardés [CONTENT ?/?]
Pourquoi les réacteurs sont contrôlables
[CONTENT ?/?]Quand l’U-235 fissionne, la plupart des neutrons apparaissent instantanément : ce sont les neutrons prompts, émis en moins de 10⁻¹⁴ seconde après la fission. Environ 99,35 % des neutrons de fission sont prompts. [CONTENT ?/?]
Les 0,65 % restants sont les neutrons retardés, émis quelques secondes à quelques minutes plus tard par certains produits de fission lors de leur désintégration. Le délai moyen est d’environ 13 secondes, bien que les groupes individuels varient de 0,2 seconde à 55 secondes. [CONTENT ?/?]
Cette très faible fraction retardée (β = 0,0065 pour l’U-235) est ce qui rend les réacteurs contrôlables. [CONTENT ?/?]
La criticité prompte survient lorsque k_eff ≥ 1 avec les seuls neutrons prompts, sans avoir besoin de la fraction retardée. C’est le scénario catastrophe. À la criticité prompte, la période du réacteur (temps pour multiplier la puissance par e) passe de minutes à millisecondes. Aucun système mécanique ne peut réagir assez vite.
Criticité normale (k_eff = 1,000) repose sur les neutrons retardés pour entretenir la réaction en chaîne. Le temps de génération neutronique effectif est ℓ_eff ≈ β/λ ≈ 0,0065/0,08 ≈ 0,08 seconde : suffisamment lent pour que les barres de commande mécaniques puissent réguler la puissance. [CONTENT ?/?]
La condition de criticité prompte est : k_eff ≥ 1 + β, soit k_eff ≥ 1,0065 pour l’U-235. [CONTENT ?/?]
On appelle cela une réactivité excédentaire ρ ≥ β : le réacteur est « supercritique prompt ». [CONTENT ?/?]
L’accident SL-1 (1961) et le réacteur RBMK-1000 de Tchernobyl lors de l’essai de 1986 ont tous deux atteint la criticité prompte. Les deux se sont détruits en moins d’une seconde. [CONTENT ?/?]
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Pourquoi les neutrons retardés nous sauvent [CONTENT ?/?]
Période du réacteur et équation des inhours [CONTENT ?/?]
Mesure de la réactivité
[CONTENT ?/?]La réactivité ρ signifie ρ = (k-1)/k. À la criticité, ρ = 0. Sous-critique : ρ < 0. Sur-critique : ρ > 0. [CONTENT ?/?]
L’unité dollar ($) normalise la réactivité à la fraction de neutrons retardés : 1 $ = β ≈ 0,0065 pour l’U-235. La criticité prompte survient lorsque ρ = 1 $ = β.
Un cent = 0,01 $. [CONTENT ?/?]
La période du réacteur T est le temps nécessaire pour que la puissance augmente d’un facteur e (≈2,718). De petites insertions de réactivité positive donnent de longues périodes (stable, contrôlable). En approchant de la criticité prompte, la période tend vers zéro (instable). [CONTENT ?/?]
L’équation d’inhour relie la réactivité à la période du réacteur. « Inhour » signifie « inverse heure ». L’équation est : [CONTENT ?/?]
ρ = (ℓ/T) + Σᵢ [βᵢ / (1 + λᵢT)] [CONTENT ?/?]
Où βᵢ et λᵢ sont la fraction de rendement et la constante de décroissance de chaque groupe de neutrons retardés (il y a 6 groupes pour l’U-235), et ℓ est la durée de vie des neutrons prompts. [CONTENT ?/?]
Pour une petite réactivité positive (ρ ≪ β), l’équation donne T ≈ β/(ρ·λ̄) : la période du réacteur est LONGUE et contrôlable. [CONTENT ?/?]
Lorsque ρ → β (approche de la criticité prompte), T → 0 : la période s’effondre, la puissance augmente de façon explosive. [CONTENT ?/?]
Implication pratique : un démarrage nécessite une réactivité positive. L’opérateur surveille le compteur de période du réacteur. Une période de 30 à 60 secondes pendant le démarrage est normale. Une période inférieure à 10 secondes déclenche un SCRAM (arrêt d’urgence).
Pourquoi devons-nous ralentir les neutrons [CONTENT ?/?]
Neutrons rapides vs. neutrons thermiques
[CONTENT ?/?]Les neutrons issus de la fission sont rapides : leurs énergies cinétiques sont de l’ordre de 1–2 MeV. La section efficace de fission de l’U-235 à 1 MeV est d’environ 1 barn (10⁻²⁴ cm²). [CONTENT ?/?]
En ralentissant les neutrons jusqu’aux énergies thermiques (~0,025 eV à température ambiante), la section efficace de fission de l’U-235 passe à environ 585 barns : presque 600 fois plus élevée. [CONTENT ?/?]
C’est pourquoi les réacteurs thermiques (LWR, CANDU, AGR) utilisent un modérateur : un matériau qui ralentit les neutrons de l’échelle MeV à l’échelle eV sans en absorber trop. [CONTENT ?/?]
La thermalisation se produit par des collisions de diffusion élastique. Chaque collision transfère une partie de l’énergie cinétique du neutron au noyau cible. Le transfert d’énergie maximal par collision est : [CONTENT ?/?]
ΔE/E = 4A/(1+A)²
Où A est la masse atomique de la cible. Pour l’hydrogène (A=1) : ΔE/E = 1,0, un neutron peut transférer TOUTE son énergie en une seule collision. Pour le carbone (A=12) : ΔE/E = 0,28. Pour l’uranium (A=238) : ΔE/E = 0,017, pratiquement aucun ralentissement. [CONTENT ?/?]
Cela explique pourquoi l’hydrogène (dans l’eau) est un modérateur si efficace : il peut thermaliser un neutron en ~18 collisions. Le carbone (graphite) en nécessite ~114. Mais l’hydrogène absorbe aussi les neutrons (plus de détails ci-dessous). [CONTENT ?/?]
Comparaison des modérateurs : H₂O vs. D₂O vs. Graphite [CONTENT ?/?]
Le compromis du modérateur
[CONTENT ?/?]Un bon modérateur doit : [CONTENT ?/?]
1. Avoir une faible masse atomique (transfert d’énergie efficace par collision) [CONTENT ?/?]
2. Avoir une faible section efficace d’absorption neutronique (ne pas voler les neutrons que l’on ralentit) [CONTENT ?/?]
Ces deux exigences sont en tension pour l’hydrogène ordinaire.
Eau légère (H₂O) [CONTENT ?/?]
- Pouvoir de ralentissement : très élevé (ξΣₛ ≈ 1,35 cm⁻¹) [CONTENT ?/?]
- Section efficace d’absorption (H) : 0,33 barns : significative [CONTENT ?/?]
- Rapport de modération (ξΣₛ/Σₐ) ≈ 62 [CONTENT ?/?]
- Résultat : excellent modérateur, mais absorbe suffisamment de neutrons pour que vous DEVEZ utiliser de l’uranium enrichi (3–5 % U-235) pour compenser. L’uranium naturel (0,71 % U-235) ne fournit pas assez de neutrons excédentaires pour surmonter l’absorption de H₂O. [CONTENT ?/?]
Eau lourde (D₂O) [CONTENT ?/?]
- Pouvoir de ralentissement : inférieur à celui de H₂O (ξΣₛ ≈ 0,18 cm⁻¹) : nécessite plus de collisions [CONTENT ?/?]
- Section efficace d’absorption (D) : 0,0005 barns : 660× plus faible que H
- Rapport de modération ≈ 5 500 [CONTENT ?/?]
- Résultat : D₂O absorbe presque aucun neutron. On peut fonctionner avec de l’uranium naturel (0,71 % U-235). C’est pourquoi les réacteurs CANDU utilisent du combustible à l’uranium naturel. [CONTENT ?/?]
Graphite (C) [CONTENT ?/?]
- Pouvoir de ralentissement : modéré (ξΣₛ ≈ 0,064 cm⁻¹) [CONTENT ?/?]
- Section efficace d’absorption (C) : 0,0035 barns : faible mais supérieure à celle de D₂O [CONTENT ?/?]
- Rapport de modération ≈ 170 [CONTENT ?/?]
- Résultat : permet d’utiliser de l’uranium naturel ou légèrement enrichi. Les réacteurs RBMK, Magnox et AGR utilisent du graphite. Le réacteur de Tchernobyl était modéré au graphite. [CONTENT ?/?]
Sodium (Na) : pas un modérateur thermique
- Les réacteurs rapides refroidis au sodium évitent délibérément la thermalisation des neutrons. Les neutrons rapides sont utilisés directement. Aucun modérateur n’est nécessaire ni souhaité. Le spectre rapide permet le surgénération de nouveau matériau fissile (Pu-239 à partir de U-238). [CONTENT ?/?]
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Avantage CANDU [CONTENT ?/?]
Réacteurs rapides : pas de modérateur nécessaire [CONTENT ?/?]
Pourquoi les réacteurs rapides refroidis au sodium n’utilisent pas de modérateur
[CONTENT ?/?]Les réacteurs rapides (SFR, LFR refroidi au plomb) maintiennent délibérément un spectre de neutrons rapides. Le caloporteur (sodium liquide ou plomb) possède une masse atomique élevée et une faible section efficace de diffusion : il ne thermalise pas les neutrons. [CONTENT ?/?]
Pourquoi fonctionner en spectre rapide ? Deux raisons : [CONTENT ?/?]
1. Surregénération : les neutrons rapides peuvent convertir l’U-238 fertile en Pu-239 fissile plus efficacement que les réacteurs thermiques. Le taux de conversion (atomes fissiles créés par atome fissile consommé) peut dépasser 1,0 dans un réacteur rapide ; un réacteur surgénérateur produit plus de combustible qu’il n’en consomme. L’U-238 représente 99,3 % de l’uranium naturel, une source d’énergie quasi inépuisable si nous parvenons à le surgénérer. [CONTENT ?/?]
2. Transmutation : les neutrons rapides peuvent fissionner les actinides à vie longue (Am-241, Np-237, Cm-244) qui constituent le principal danger radiologique à long terme des combustibles usés. Les brûler dans un réacteur rapide réduit la durée de vie des déchets de haute activité de plus de 100 000 ans à environ 1 000 ans. [CONTENT ?/?]
Le compromis : le sodium réagit chimiquement avec l’eau et l’air (incendies de sodium), le spectre rapide entraîne des sections efficaces de fission plus faibles (moins efficace par neutron) et l’ingénierie est plus complexe.
De la mine à l’assemblage combustible [CONTENT ?/?]
Le front-end du cycle du combustible
[CONTENT ?/?]1. Extraction minière : Le minerai d’uranium contient généralement 0,1–0,5 % d’uranium en masse. Extraction à ciel ouvert ou souterraine, ou lixiviation in situ (ISL) où une solution chimique dissout l’uranium dans le sous-sol. [CONTENT ?/?]
2. Traitement : Le minerai est broyé et traité chimiquement pour produire du yellowcake (U₃O₈) : environ 85 % d’uranium en masse. Les résidus de traitement sont faiblement radioactifs et nécessitent une élimination soigneuse. [CONTENT ?/?]
3. Conversion : Le yellowcake est converti en hexafluorure d’uranium (UF₆) : un gaz à température modérée. L’UF₆ est le fluide de travail pour l’enrichissement. La réaction : U₃O₈ + HF → UF₄ → UF₆. [CONTENT ?/?]
4. Enrichissement : L’uranium naturel est composé à 99,3 % d’U-238 et à 0,71 % d’U-235. La plupart des réacteurs nécessitent 3–5 % d’U-235. Deux procédés commerciaux : [CONTENT ?/?]
Diffusion gazeuse : Le gaz UF₆ est pompé à travers des milliers de barrières poreuses. L’U-235 est très légèrement plus léger que l’U-238, donc ²³⁵UF₆ diffuse 1,004× plus vite que ²³⁸UF₆ par étage. Cela nécessite des centaines d’étages en cascade et une énorme quantité d’énergie électrique (~2 400 kWh par SWU). Ce procédé est aujourd’hui largement obsolète.
Centrifuge à gaz : UF₆ mis en rotation à 50 000–70 000 tr/min. Le ²³⁸UF₆ plus lourd se concentre à la paroi extérieure ; le ²³⁵UF₆ plus léger au centre. Facteur de séparation ~1,3 par étage (contre 1,004 pour la diffusion). Consomme ~50× moins d’électricité. Standard moderne. [CONTENT ?/?]
L’enrichissement est mesuré en unités de travail de séparation (UTS). Produire 1 kg d’uranium enrichi à 5 % à partir d’uranium naturel nécessite environ 8 UTS. [CONTENT ?/?]
5. Fabrication du combustible : L’UF₆ enrichi est converti en poudre de dioxyde d’uranium (UO₂), pressée en pastilles céramiques (~1 cm de diamètre, 1 cm de hauteur), frittées à 1700 °C, empilées dans des tubes en alliage de zirconium (Zircaloy) et scellées : ce sont les barres de combustible. Les barres sont assemblées en un assemblage combustible (ex. : 17×17 = 289 barres pour un assemblage REP). Un REP typique de 1000 MWe contient ~193 assemblages, soit ~80 tonnes d’uranium. [CONTENT ?/?]
Niveaux d’enrichissement et applications : [CONTENT ?/?]
- Naturel (0,71 %) : CANDU, Magnox [CONTENT ?/?]
- Uranium faiblement enrichi (UFE, <20 %) : réacteurs de puissance commerciaux, 3–5 % pour les REP [CONTENT ?/?]
- Uranium hautement enrichi (UHE, ≥20 %) : réacteurs navals (≥90 %), réacteurs de recherche [CONTENT ?/?]
- Qualité militaire : ≥90 % U-235
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Centrifuge vs. Diffusion [CONTENT ?/?]
Combustible épuisé et retraitement [CONTENT ?/?]
La fin du cycle du combustible
[CONTENT ?/?]Après 3–4 ans dans un réacteur, le combustible usé est physiquement chaud, intensément radioactif et contient encore une quantité significative de matière fissile : [CONTENT ?/?]
- ~94 % d’U-238 (appauvri en U-235) [CONTENT ?/?]
- ~1 % d’U-235 (encore fissile) [CONTENT ?/?]
- ~1 % de Pu-239, Pu-240, Pu-241 (créés par capture neutronique dans l’U-238) [CONTENT ?/?]
- ~4 % de produits de fission (Cs-137, Sr-90, I-131 et ~200 autres) [CONTENT ?/?]
- <0,1 % d’actinides mineurs (Am, Np, Cm)
Cycle ouvert : politique américaine : le combustible usé est stocké dans des piscines de combustible usé (l’eau protège contre les rayonnements et évacue la chaleur de décroissance) pendant 5–10 ans, puis transféré en stockage à sec en châteaux. Pas de retraitement. Les déchets de haute activité (HLW) sont prévus pour un stockage géologique définitif (Yucca Mountain, actuellement bloqué). [CONTENT ?/?]
Retraitement PUREX (France, Royaume-Uni, Japon, Russie) : le combustible usé est dissous dans de l’acide nitrique. L’extraction par solvant (phosphate de tributyle dans du kérosène) extrait sélectivement l’uranium et le plutonium, laissant les produits de fission. L’uranium récupéré (uranium retraité, RepU) peut être ré-enrichi. Le plutonium est mélangé à de l’uranium appauvri pour fabriquer du combustible MOX (oxyde mixte, ~5–7 % PuO₂). Le MOX permet d’étendre les ressources en combustible de ~10–20 %. [CONTENT ?/?]
Plutonium de qualité militaire vs. qualité réacteur : [CONTENT ?/?]
L’uranium naturel dans un réacteur produit du Pu-239. S’il reste suffisamment longtemps dans le réacteur, la capture neutronique sur le Pu-239 produit du Pu-240. Le plutonium de qualité réacteur (typiquement >18 % Pu-240) pose problème pour les armes car le Pu-240 a un taux élevé de fission spontanée : il provoque une pré-détonation (« fizzle ») dans les conceptions à canon. Le plutonium de qualité militaire nécessite des temps d’irradiation courts (<3 mois) pour limiter l’accumulation de Pu-240. Les réacteurs de puissance commerciaux (cycles de combustible longs de 18 mois et plus) produisent du plutonium de qualité réacteur inutilisable pour les armes. Il s’agit d’une barrière de prolifération délibérée dans le cycle du combustible ouvert. [CONTENT ?/?]
Valeur différentielle et intégrale des barres [CONTENT ?/?]
Quelle est la valeur d’une barre ?
[CONTENT ?/?]La valeur d’une barre est la variation de réactivité causée par l’insertion d’une barre de commande. Elle n’est pas constante : elle dépend de l’endroit où la barre est insérée par rapport à la distribution du flux neutronique.
Valeur différentielle de la barre (Δρ/Δx) : variation de réactivité par unité d’insertion de la barre à une position donnée. Elle atteint son maximum là où le flux neutronique est le plus élevé : au centre du cœur. Elle est faible près du haut et du bas (zones de faible flux). [CONTENT ?/?]
Valeur intégrale de la barre : variation totale de réactivité entre la position complètement sortie et une profondeur d’insertion donnée. Elle forme une courbe en S : variation lente en haut (faible flux), variation rapide au centre (flux maximal), variation lente en bas. [CONTENT ?/?]
Accident d’éjection de barre : si une barre de commande est éjectée soudainement du cœur (par exemple par défaillance du mécanisme d’entraînement), une importante insertion positive de réactivité se produit en quelques millisecondes. L’ampleur dépend de la valeur de la barre (de quelques pcm à plusieurs dollars selon la position). Si la valeur de la barre éjectée dépasse le seuil de criticité prompte (1 $), une excursion de criticité prompte se produit. [CONTENT ?/?]
Effet d’ombre de barre / interaction barre-barre : l’insertion d’une barre réduit le flux local, ce qui diminue la valeur des barres voisines. Les opérateurs doivent tenir compte de cette interaction lors de la planification des configurations de barres. [CONTENT ?/?]
Matériaux des barres de commande : Bore-10 (σₐ = 3 840 barns à 0,025 eV), hafnium (σₐ = 102 barns, absorption modérée mais brûle lentement, préféré pour les barres à longue durée de vie), alliage argent-indium-cadmium (utilisé dans les REP, l’Ag assure une réponse rapide, In et Cd maintiennent la valeur pendant leur combustion). [CONTENT ?/?]
Empoisonnement par le xénon : le tueur invisible [CONTENT ?/?]
Xe-135 : l’absorbant neutronique le plus puissant connu
[CONTENT ?/?]Xénon-135 possède une section efficace d’absorption neutronique thermique de 2,6 millions de barns : de loin la plus élevée de tous les nucléides. À titre de comparaison, la section efficace de fission de l’U-235 est de 585 barns. Le Xe-135 est environ 4 400 fois plus absorbant par atome.
Production : Le Xe-135 provient principalement de la désintégration de l’I-135 (iode), lui-même produit directement par fission. Seulement ~0,3 % du Xe-135 provient directement de la fission ; ~95 % provient de la chaîne de désintégration : [CONTENT ?/?]
Te-135 → I-135 (période 6,6 h) → Xe-135 (période 9,2 h) → Cs-135 [CONTENT ?/?]
Élimination : Le Xe-135 est éliminé par deux processus : (1) la désintégration radioactive (période 9,2 h) et (2) l’absorption neutronique (brûlé par le flux neutronique). À haute puissance, l’absorption neutronique est le mécanisme dominant. [CONTENT ?/?]
Le creux iode (transitoire xénon) : [CONTENT ?/?]
En régime permanent, la production et l’élimination du Xe-135 sont équilibrées (valeur xénon ≈ -2 500 pcm dans un REP typique). [CONTENT ?/?]
Lorsqu’un réacteur s’arrête, l’absorption neutronique du Xe-135 cesse. Mais l’I-135 continue de se désintégrer en Xe-135 pendant plusieurs heures. La concentration de Xe-135 augmente pendant 6–8 heures après l’arrêt : le creux iode. [CONTENT ?/?]
Cela peut rendre le réacteur temporairement impossible à redémarrer (impossible de surmonter le xénon) s’il n’y a pas assez de réactivité excédentaire. [CONTENT ?/?]
Le lien avec Tchernobyl : Le 26 avril 1986, l’essai de l’unité 4 de Tchernobyl a été retardé d’environ 9 heures pour des raisons de demande du réseau. Pendant ce temps, le xénon s’est accumulé. Pour poursuivre l’essai, les opérateurs ont dû retirer presque toutes les barres de commande afin de compenser l’empoisonnement au xénon. Cela a laissé le réacteur pratiquement sans marge d’arrêt : une condition préalable critique à l’accident.
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Pourquoi le xénon rend les réacteurs dangereux après l'arrêt [CONTENT ?/?]
Empoisonnement au samarium [CONTENT ?/?]
Sm-149 : le poison à plus long terme
[CONTENT ?/?]Samarium-149 est le deuxième poison de réacteur le plus important. Il possède une section efficace d’absorption thermique d’environ 41 000 barns. [CONTENT ?/?]
Chaîne de production : Nd-149 → Pm-149 (période 53 h) → Sm-149 (stable) [CONTENT ?/?]
Contrairement au xénon, le Sm-149 est stable : il ne disparaît pas par décroissance. Il ne peut être éliminé que par absorption neutronique. En puissance stabilisée, le Sm-149 atteint une concentration d’équilibre correspondant à environ -700 pcm de réactivité. [CONTENT ?/?]
À l’arrêt : l’élimination par les neutrons cesse, mais le Pm-149 continue de se désintégrer en Sm-149. Comme le Sm-149 est stable, il s’accumule pendant environ 100 heures après l’arrêt, ajoutant environ -600 pcm de réactivité négative supplémentaire. [CONTENT ?/?]
Au redémarrage : le flux neutronique brûle l’excès de Sm-149. L’empoisonnement au samarium est moins sévère que celui au xénon (pas d’équivalent de la fosse à iode), mais il doit être pris en compte dans la gestion à long terme de la réactivité. [CONTENT ?/?]
Ensemble, le xénon et le samarium représentent environ -3 000 à -3 500 pcm de réactivité à leur pic après l’arrêt : cela doit être compensé par le retrait des barres de commande ou par le shim chimique (acide borique dans les REP) lors du redémarrage.
Que sont les coefficients de réactivité ? [CONTENT ?/?]
La différence entre réacteurs sûrs et non sûrs
[CONTENT ?/?]Un coefficient de réactivité est la variation de réactivité par unité de variation d’un paramètre physique (température, fraction de vide, puissance). [CONTENT ?/?]
Coefficient négatif : lorsque la puissance augmente, la réactivité diminue : le réacteur est auto-limitant. Conception intrinsèquement sûre. [CONTENT ?/?]
Coefficient positif : lorsque la puissance augmente, la réactivité augmente : le réacteur amplifie les perturbations. Conception potentiellement instable. [CONTENT ?/?]
Le signe des coefficients de réactivité détermine si un réacteur est intrinsèquement sûr ou s’il nécessite une intervention active pour éviter un emballement. Il s’agit du paramètre de sûreté le plus important dans la conception d’un réacteur. [CONTENT ?/?]
Élargissement Doppler : le mécanisme de sûreté le plus important
Coefficient Doppler de réactivité
[CONTENT ?/?]L’élargissement Doppler est un effet mécanique quantique : lorsque la température du combustible augmente, le mouvement thermique des noyaux d’U-238 élargit leurs pics de résonance d’absorption neutronique. [CONTENT ?/?]
Dans la gamme d’énergie épithermique (1 eV à 10 keV), l’U-238 présente d’énormes pics de résonance d’absorption. À basse température, ces pics sont étroits : un neutron doit avoir une énergie très précise pour être absorbé. Lorsque la température augmente, les pics élargis absorbent les neutrons sur une plus large gamme d’énergies. [CONTENT ?/?]
Effet sur p (probabilité d’évasion de résonance) : lorsque la température du combustible augmente → les pics de résonance de l’U-238 s’élargissent → davantage de neutrons sont capturés pendant la thermalisation → p diminue → k diminue → la puissance diminue. [CONTENT ?/?]
Le coefficient Doppler (α_D) est typiquement de -1 à -3 pcm/°C pour le combustible U-235/U-238. Il est fortement négatif. [CONTENT ?/?]
Pourquoi c’est le mécanisme de sûreté principal : il agit instantanément (les changements de température se produisent à la vitesse du flux thermique : millisecondes à secondes). Il est toujours présent tant qu’il y a de l’U-238 dans le combustible. Il ne dépend d’aucun système actif ni de l’action d’un opérateur. Il ne peut pas tomber en panne. [CONTENT ?/?]
Dans toute excursion de réactivité (augmentation soudaine de puissance), l’effet Doppler intervient immédiatement et fournit une rétroaction négative avant qu’aucun système mécanique ne puisse réagir. C’est pourquoi le combustible moderne des REP (contenant plus de 95 % d’U-238 dans la matrice) est intrinsèquement auto-limitant. [CONTENT ?/?]
Note sur les armes : le métal pur d’U-235 ou de Pu-239 n’a pratiquement aucun effet Doppler. C’est l’une des raisons pour lesquelles les armes utilisent un matériau hautement enrichi : le mécanisme de sûreté Doppler qui rend les réacteurs de puissance sûrs limiterait également le rendement des armes.
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Coefficient de vide : ce qui distingue les LWR des RBMK [CONTENT ?/?]
Le coefficient de vide et la physique de Tchernobyl
[CONTENT ?/?]Le coefficient de vide (α_v) est la variation de réactivité par unité de variation de la fraction de vide (fraction du caloporteur qui s’est transformé en bulles de vapeur). [CONTENT ?/?]
Dans un réacteur à eau légère (PWR ou BWR) : [CONTENT ?/?]
L’eau joue à la fois le rôle de caloporteur et de modérateur. Si l’eau bout (formation de vide), la modération diminue. Moins de modération → moins de neutrons thermiques → moins de fissions → la puissance diminue. De plus, l’eau absorbe certains neutrons : moins d’eau signifie moins d’absorptions parasites, ce qui est légèrement positif, mais la perte de modération domine. [CONTENT ?/?]
Résultat : le coefficient de vide est négatif dans les LWR (typiquement -100 à -200 pcm/% de vide). La perte de caloporteur réduit automatiquement la puissance. [CONTENT ?/?]
Dans le RBMK-1000 (réacteur de Tchernobyl) :
Le RBMK utilisait du graphite comme modérateur et l’eau uniquement comme fluide caloporteur. Si l’eau entre en ébullition : [CONTENT ?/?]
- La modération reste INCHANGÉE (le modérateur graphite ne change pas) [CONTENT ?/?]
- L’absorption neutronique dans l’eau DIMINUE (moins d’absorption parasite) [CONTENT ?/?]
- Effet net : coefficient de vide positif à faible puissance [CONTENT ?/?]
- Lorsque la puissance augmente, l’eau bout davantage ; le coefficient de vide positif ajoute de la réactivité, ce qui élève encore la puissance : une boucle de rétroaction positive. [CONTENT ?/?]
Amplitude du coefficient de vide positif dans le RBMK : À faible puissance avec peu de barres de commande insérées, α_v ≈ +4 à +5 pcm/% vide. Ce phénomène était connu des concepteurs soviétiques mais dissimulé aux opérateurs de la centrale. [CONTENT ?/?]
26 avril 1986 : Le réacteur 4 de Tchernobyl fonctionnait à faible puissance (~200 MWt, contre 3 200 MWt nominal) avec la plupart des barres de commande retirées pour compenser l’empoisonnement au xénon. Dans cette configuration : coefficient de vide positif maximal, valeur minimale des barres, puissance réprimée par le xénon. Lorsque la séquence d’essai a provoqué une pointe de puissance, l’ébullition a augmenté, le coefficient de vide a ajouté de la réactivité, la puissance a augmenté plus vite, provoquant encore plus d’ébullition : une rétroaction positive instable. Le réacteur a atteint la criticité instantanée et s’est détruit en ~3 secondes. [CONTENT ?/?]
Pourquoi le RBMK devenait instable à faible puissance [CONTENT ?/?]
Coefficient de température du modérateur et coefficient de puissance
Autres coefficients clés
[CONTENT ?/?]Coefficient de température du modérateur (MTC) : variation de réactivité par degré de changement de température du modérateur. Dans un REP : lorsque la température de l’eau augmente, sa densité diminue → moins de modérateur par unité de volume → moins de thermalisation → moins de neutrons thermiques → k diminue. Le MTC est négatif dans les LWR (typiquement -20 à -80 pcm/°C). Il s’agit d’une spécification de sûreté obligatoire : les réglementations de la NRC américaine exigent que le MTC ≤ 0 en permanence. [CONTENT ?/?]
Coefficient de température du combustible (FTC) : principalement dû à l’élargissement Doppler (décrit ci-dessus). Toujours fortement négatif dans le combustible des LWR. [CONTENT ?/?]
Coefficient de puissance : rétroaction totale de réactivité provenant de toutes les sources par unité de variation de puissance. Dans un LWR bien conçu : fortement négatif. Lorsque la puissance augmente → la température du combustible augmente (rétroaction Doppler) → le modérateur chauffe et forme des vides (rétroaction MTC et vide) → la réactivité diminue → la puissance se stabilise. [CONTENT ?/?]
Effet combiné : les réacteurs LWR sont intrinsèquement autorégulés. Un opérateur qui n’intervient pas verra le réacteur se stabiliser à un niveau de puissance où les rétroactions rendent k = 1,000. Ce n’est pas un hasard : c’est une exigence de conception délibérée. [CONTENT ?/?]
Un réacteur dont tous les coefficients sont négatifs ne deviendra jamais prompt critique à la suite d’un événement de rétroaction thermique. La criticité prompte dans un LWR nécessite une insertion de réactivité positive externe supérieure au seuil de criticité prompte (>β ≈ 0,0065). En pratique, cela signifie une éjection de grappe de commande ou une dilution rapide du bore : deux événements explicitement analysés dans la base de sûreté. [CONTENT ?/?]
Évacuation de la chaleur : du combustible au caloporteur
Refroidissement du combustible
[CONTENT ?/?]La fission produit de la chaleur principalement sous forme d’énergie cinétique des fragments de fission (~83 %) et de rayonnement gamma prompt (~3 %), déposée presque entièrement à l’intérieur de la pastille de combustible. La désintégration bêta des produits de fission (~4 %) et la désintégration gamma (~4 %) ajoutent de la chaleur au fil du temps : il s’agit de la chaleur de désintégration, qui se poursuit après l’arrêt du réacteur. [CONTENT ?/?]
La chaleur de désintégration suit approximativement la règle « way-12 » : 1 minute après l’arrêt, la chaleur de désintégration ≈ 1 % de la puissance nominale. Après 1 heure : ~0,4 %. Après 1 jour : ~0,2 %. Après 1 semaine : ~0,07 %. Pour un réacteur de 3 000 MWt, la chaleur de désintégration 1 minute après l’arrêt est d’environ 30 MWt : suffisante pour faire fondre le cœur en cas de perte de refroidissement. C’est pourquoi les systèmes de refroidissement d’urgence du cœur (ECCS) sont si critiques. [CONTENT ?/?]
Chemin d’évacuation de la chaleur : Pastille de combustible → gaine de la barre de combustible (Zircaloy) → eau de refroidissement → générateur de vapeur (REP) ou directement vers la vapeur (REB) [CONTENT ?/?]
Profil de température : La température au centre de la pastille de combustible dans un REP atteint ~900–1 200 °C à pleine puissance. Surface de la gaine en Zircaloy : ~300–350 °C. Température moyenne du fluide caloporteur : ~290–325 °C. Le gradient important entre le centre de la pastille et le fluide caloporteur signifie que de petites augmentations de puissance entraînent de fortes hausses de température du combustible : et un fort effet Doppler. [CONTENT ?/?]
Limite thermique clé : La température au centre de la pastille doit rester inférieure au point de fusion de l’UO₂ (~2 865 °C). La température de la gaine doit rester inférieure au seuil d’oxydation du Zircaloy (~1 200 °C), au-delà duquel le zirconium réagit de façon exothermique avec la vapeur : Zr + 2H₂O → ZrO₂ + 2H₂. Cette réaction a produit l’hydrogène qui a explosé aux tranches 1, 3 et 4 de Fukushima. [CONTENT ?/?]
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Départ de l’ébullition nucléée (DNB)
La limite du flux de chaleur critique
[CONTENT ?/?]Dans un REP, le caloporteur reste liquide à une pression d’environ 155 bar (point d’ébullition ~345 °C). De petites bulles de vapeur se forment sur la surface de la gaine et sont entraînées par l’écoulement : c’est l’ébullition nucléée, qui assure en réalité un excellent transfert thermique. [CONTENT ?/?]
Si le flux de chaleur local dépasse une valeur critique (flux de chaleur critique, CHF), les bulles fusionnent pour former un film de vapeur continu autour de la tige de combustible. Ce film de vapeur agit comme un isolant. Le flux de chaleur provenant du combustible ne peut plus être évacué par la vapeur : la température de la gaine augmente rapidement. Il s’agit du départ de l’ébullition nucléée (DNB) ou du dépassement du flux de chaleur critique. [CONTENT ?/?]
Conséquence du DNB : sans restauration rapide du débit, la température de la gaine monte vers 1 200 °C, où commence l’oxydation du Zircaloy, puis vers la fusion (~1 850 °C). Les pastilles de combustible se dispersent et les produits de fission sont libérés dans le caloporteur. [CONTENT ?/?]
MDNBR (rapport DNB minimal) : rapport entre le flux de chaleur critique local et le flux de chaleur réel, évalué à l’emplacement le plus limitant du cœur. Une limite de sûreté MDNBR ≥ 1,3 est maintenue en permanence (marge de 1,3× par rapport au DNB). Cette limite contraint la puissance maximale du réacteur et les conditions de débit. [CONTENT ?/?]
Écoulement diphasique : dans un REB, l’ébullition en masse est intentionnelle : le cœur fonctionne en écoulement diphasique (eau + vapeur). La limite équivalente dans les REB est le rapport de puissance critique (CPR) ou rapport de puissance critique minimal (MCPR) ≥ 1,2. [CONTENT ?/?]
Profil de température du cœur : le flux de chaleur axial suit le profil du flux neutronique axial (approximativement une cosinus tronquée dans un cœur neuf). Le flux maximal (et le risque DNB le plus élevé) se situe au plan médian du cœur. Le pic radial se trouve dans les assemblages centraux. Le facteur de canal chaud (Fq ou F∆H) quantifie dans quelle mesure la puissance locale maximale est supérieure à la puissance moyenne du cœur : typiquement 2,5–3,0 dans un REP. [CONTENT ?/?]
Pourquoi le DNB fixe la limite de sûreté critique [CONTENT ?/?]
PWR et BWR : les conceptions dominantes [CONTENT ?/?]
Réacteurs à eau légère
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Les réacteurs à eau légère (LWR) représentent environ 85 % de la capacité nucléaire commerciale mondiale. [CONTENT ?/?]
Réacteur à eau sous pression (PWR) [CONTENT ?/?]
- Boucle primaire : eau à ~155 bar (15,5 MPa), ~290–325 °C : pressurisée au-dessus du point d’ébullition, reste liquide [CONTENT ?/?]
- Échangeur de chaleur : les générateurs de vapeur transfèrent la chaleur de la boucle primaire vers la boucle secondaire [CONTENT ?/?]
- Boucle secondaire : eau à ~60 bar, produit de la vapeur à ~280 °C pour entraîner les turbines
- Avantage : l’eau radioactive primaire n’entre jamais en contact avec la turbine. La maintenance est plus facile. [CONTENT ?/?]
- Puissance : 900–1 700 MWe par tranche. Rendement thermique ~33 %. [CONTENT ?/?]
- Exemples : Westinghouse AP1000, EPR français, VVER russe [CONTENT ?/?]
Réacteur à eau bouillante (REB) [CONTENT ?/?]
- Cycle direct : l’eau bout À L’INTÉRIEUR de la cuve du réacteur à ~75 bar (~290 °C). La vapeur va directement à la turbine. [CONTENT ?/?]
- Pas de générateurs de vapeur nécessaires : plus simple, cuve à plus basse pression [CONTENT ?/?]
- La turbine est légèrement radioactive (gaz de fission entraînés dans la vapeur) : nécessite un blindage et une maintenance à distance [CONTENT ?/?]
- Contrôle de puissance par le débit de recirculation (plus de débit → moins de vide → plus de modération → puissance plus élevée) en plus des barres de commande
- Sûreté passive : une pression plus faible signifie moins d’énergie stockée, conception plus simple du système de refroidissement d’urgence du cœur (ECCS) [CONTENT ?/?]
- Rendement thermique ~33 %, similaire aux REP [CONTENT ?/?]
- Exemples : GE BWR/6, ABWR, ESBWR [CONTENT ?/?]
VVER (Vodo-Vodyanoi Energetichesky Reaktor) : conception de REP soviétique/russe. Générateurs de vapeur horizontaux au lieu de verticaux comme dans les REP occidentaux. Géométrie hexagonale des assemblages de combustible au lieu de carrée. Les VVER modernes (VVER-1200) respectent les normes de sûreté occidentales. [CONTENT ?/?]
CANDU et RBMK : conceptions à tubes de force [CONTENT ?/?]
Alternatives au caisson sous pression
[CONTENT ?/?]CANDU (Canada Deuterium Uranium) [CONTENT ?/?]
- Tubes de force horizontaux contenant le combustible et le caloporteur (D₂O sous haute pression), entourés d’un modérateur D₂O à basse pression dans une cuve calandre (calandria)
- Rechargement en ligne : le combustible est remplacé pendant que le réacteur fonctionne à pleine puissance, sans arrêt. Chaque tube de force est accessible individuellement par une machine de chargement. Cela permet un facteur de capacité de 100 % sans arrêts pour rechargement (les REP doivent s’arrêter environ 18 mois pour le rechargement) [CONTENT ?/?]
- Combustible à l’uranium naturel (UO₂) : aucun enrichissement requis. L’économie neutronique des CANDU le permet. [CONTENT ?/?]
- Accepte également le combustible MOX, le combustible au thorium et le combustible usé des REP (recyclage) [CONTENT ?/?]
- Tous les coefficients de réactivité sont négatifs : stabilité inhérente [CONTENT ?/?]
- Exemple : CANDU-6 (700 MWe), ACR-1000 (conception avancée avec caloporteur à eau légère) [CONTENT ?/?]
RBMK-1000 (Reaktor Bolshoy Moshchnosti Kanalnyy : réacteur à canaux de grande puissance) [CONTENT ?/?]
- Conception soviétique : modérateur en graphite, caloporteur à eau légère dans des tubes de force verticaux [CONTENT ?/?]
- Grande puissance (1 000–1 500 MWe), uranium faiblement enrichi, rechargement en ligne
- Fatal physics flaw: positive void coefficient at low power with rods withdrawn (described in detail in the reactivity coefficients section)
- Additional design flaw: graphite tip effect, control rods had graphite tips. Inserting a rod from fully withdrawn first DISPLACED water from the bottom of the core (removing parasitic absorption) before the absorber section entered the active zone. Inserting rods to SCRAM initially added a brief positive reactivity pulse, the opposite of the intended effect.
- These two flaws combined to cause the Chernobyl disaster.
- All surviving RBMK plants have been modified to reduce positive void coefficient & redesign rods. They remain a uniquely Soviet design with no Western equivalents.
Generation IV Reactor Concepts
Beyond the Current Fleet
The Generation IV International Forum (GIF) identified six reactor concepts for development targeting ~2030+ deployment:
Réacteur à sels fondus (MSR) : combustible dissous dans un sel fluoré fondu (LiF-BeF₂ ou NaF-ZrF₄). Pas de combustible solide, pas de gainage à faire fondre. Drainage passif vers un bouchon gelé ; en cas de perte d’alimentation, le bouchon fond et le sel s’écoule vers une géométrie sous-critique. Fonctionne à pression atmosphérique (~650 °C). Possibilité de surgénération au thorium. [CONTENT ?/?]
Réacteur à fluorure de thorium liquide (LFTR) : conception MSR spécifique utilisant le cycle de surgénération Th-232/U-233. Le thorium est environ 3× plus abondant que l’uranium. L’U-233 est produit à partir du Th-232 (Th + n → Pa-233 → U-233). Le LFTR produit très peu de déchets actinides à longue durée de vie. La communauté de soutien est enthousiaste ; les défis d’ingénierie (corrosion à haute température, contrôle de la chimie du sel) restent importants. [CONTENT ?/?]
Réacteur rapide refroidi au sodium (SFR) : caloporteur sodium liquide, spectre neutronique rapide, potentiel de surgénération ou de transmutation des actinides. Défis : le sodium réagit avec l’eau et l’air (nécessite une atmosphère inerte). Exemples existants : BN-800 (Russie), Superphénix (France, déclassé), Monju (Japon, fermé après accident). L’EBR-II (États-Unis) a démontré la sûreté passive en 1986 lors d’essais délibérés de perte de débit ; le réacteur s’est arrêté sans SCRAM. [CONTENT ?/?]
Réacteur rapide refroidi au plomb (LFR) : caloporteur plomb ou plomb-bismuth. Le plomb ne réagit ni avec l’eau ni avec l’air (contrairement au sodium). Point d’ébullition élevé (1 740 °C), pas de pressurisation nécessaire. Refroidissement par circulation naturelle potentiellement possible. Défi : le plomb est très lourd et corrosif pour l’acier à haute température. Les sous-marins russes utilisaient du caloporteur Pb-Bi. [CONTENT ?/?]
Réacteur à eau supercritique (SCWR) : eau au-delà de son point critique (374 °C, 221 bar), phase unique, enthalpie très élevée. Rendement thermique potentiellement ~44 % contre ~33 % pour les REP actuels. Combine la simplicité des REB avec un rendement élevé. Défis matériaux importants aux conditions supercritiques. [CONTENT ?/?]
Réacteur à très haute température (VHTR) : refroidi à l’hélium, modéré au graphite, température de sortie 700–950 °C. Permet la production d’hydrogène par cycles thermochimiques. Particules de combustible TRISO (microsphères enrobées de céramique) qui retiennent les produits de fission même sans refroidissement actif. Exemple : HTR-PM (Chine, opérationnel en 2023). [CONTENT ?/?]
Choix d’un type de réacteur [CONTENT ?/?]
Cycle de Rankine [CONTENT ?/?]
Conversion de la chaleur en travail
Une centrale nucléaire est une centrale à vapeur. Le théorème de Carnot fixe la limite supérieure : [CONTENT ?/?]
η_Carnot = 1 - T_froid/T_chaud (températures en Kelvin) [CONTENT ?/?]
Conditions de vapeur REP : T_chaud ≈ 280–290°C (553–563 K), T_froid ≈ 30–40°C (303–313 K) [CONTENT ?/?]
η_Carnot = 1 - 308/558 ≈ 0,45 (45 %) [CONTENT ?/?]
Rendement thermique réel ≈ 33 % : l’écart provient des irréversibilités du cycle réel (pertes dans la turbine, travail de la pompe, différences de température lors des transferts thermiques, humidité de la vapeur). [CONTENT ?/?]
Les étapes du cycle de Rankine : [CONTENT ?/?]
1. Pompe d’alimentation : l’eau liquide sous-refroidie est pompée jusqu’à la pression de la chaudière (petit apport de travail) [CONTENT ?/?]
2. Générateur de vapeur / chaudière : la chaleur du réacteur transforme l’eau en vapeur (grand apport de chaleur)
3. Turbine haute pression (HP) : la vapeur se détend, entraîne l’arbre de la turbine, perd en pression et en température [CONTENT ?/?]
4. Séparateur d’humidité / resurchauffeur : la vapeur humide est séchée et resurchauffée entre les étages de turbine [CONTENT ?/?]
5. Turbine basse pression (LP) : la vapeur se détend davantage jusqu’à la pression du condenseur [CONTENT ?/?]
6. Condenseur : la vapeur est condensée à nouveau en liquide par l’eau de refroidissement (rivière, mer, tour de refroidissement) [CONTENT ?/?]
7. Réchauffeurs d’eau d’alimentation : la vapeur extraite des étages de turbine est utilisée pour préchauffer l’eau d’alimentation (régénération : améliore le rendement du cycle en réduisant l’apport de chaleur de la chaudière et le rejet de chaleur du condenseur) [CONTENT ?/?]
Pourquoi le nucléaire fonctionne à ~33 % contre 40–43 % pour le charbon/CCGT : la vapeur nucléaire est à une température et une pression nettement inférieures à celles des centrales fossiles modernes. Une centrale à charbon peut atteindre 600 °C (supercritique) ; un REP est limité à ~280 °C par les contraintes du pressuriseur et les limites de température du combustible. Une T_chaude plus basse entraîne une limite de Carnot plus basse et donc un rendement plus faible. [CONTENT ?/?]
Pourquoi le nucléaire fonctionne en base : le coût du combustible est presque entièrement supporté en amont (enrichissement + fabrication). Le coût d’exploitation variable (coût du combustible par MWh) est très faible (~7 $/MWh contre ~30 $/MWh pour le gaz). Le coût du capital est très élevé. Cela confère aux centrales nucléaires le plus faible coût marginal d’exploitation parmi les moyens dispatchables : il est économique de les faire fonctionner à 100 % de puissance en continu. Le nucléaire est généralement appelé en premier dans l’ordre de mérite. [CONTENT ?/?]
Efficacité nucléaire vs. cycle combiné gaz [CONTENT ?/?]
Équations de cinétique ponctuelle [CONTENT ?/?]
Comment la puissance évolue dans le temps
[CONTENT ?/?]Les équations de cinétique ponctuelle modélisent le comportement temporel de la population de neutrons (et donc de la puissance du réacteur) en fonction de la réactivité : [CONTENT ?/?]
dN/dt = [(ρ - β)/ℓ]·N + Σᵢ λᵢ·Cᵢ + S [CONTENT ?/?]
dCᵢ/dt = (βᵢ/ℓ)·N - λᵢ·Cᵢ [CONTENT ?/?]
Où N = population de neutrons, ρ = réactivité, β = fraction totale de neutrons retardés, ℓ = vie des neutrons prompts, Cᵢ = concentration des précurseurs de neutrons retardés pour le groupe i, λᵢ = constante de décroissance pour le groupe i, S = source externe de neutrons. [CONTENT ?/?]
Pour de petites insertions de réactivité (ρ << β), la solution donne la période stable : [CONTENT ?/?]
T ≈ β / (ρ · λ̄)
Où λ̄ est la constante de décroissance effective pour les neutrons retardés (~0,08 s⁻¹). Pour ρ = 0,01$ = 0,0001 (1 cent) : [CONTENT ?/?]
T ≈ 0,0065 / (0,0001 × 0,08) ≈ 813 secondes : très stable. [CONTENT ?/?]
Pour ρ = 0,50$ = 0,00325 : [CONTENT ?/?]
T ≈ 0,0065 / (0,00325 × 0,08) ≈ 25 secondes : toujours contrôlable. [CONTENT ?/?]
Approximation du saut prompt : Pour une insertion soudaine de réactivité, la population de neutrons saute instantanément à un nouveau niveau (sur l’échelle de temps prompt ~10 µs) avant que la dynamique plus lente des neutrons retardés ne prenne le relais. Le facteur de saut prompt est 1/(1-ρ/β). Pour ρ = 0,50$, la puissance augmente instantanément d’un facteur 1/(1-0,5) = 2, puis croît avec une période de 25 secondes. Cela explique pourquoi même de petites insertions de réactivité provoquent des réponses immédiates visibles de la puissance. [CONTENT ?/?]
Démarrage du réacteur et essais de chute de barres [CONTENT ?/?]
Approche de la criticité
[CONTENT ?/?]Procédure de démarrage : Le réacteur commence sous-critique. Les barres de commande sont lentement retirées. À mesure que les barres sont retirées, k s’approche de 1,000 par en dessous.
1/M plot (multiplication sous-critique) : Avant la criticité, le taux de comptage neutronique provenant d’une source de démarrage est surveillé. Dans un réacteur sous-critique avec une source externe S et une multiplication M = 1/(1-k) : [CONTENT ?/?]
Taux de comptage ∝ M = 1/(1-k) [CONTENT ?/?]
Tracer 1/(taux de comptage) en fonction de la position des barres donne une courbe qui s’extrapole à zéro à la criticité. Les opérateurs tracent 1/M pendant l’approche de la criticité et extrapolent pour prédire la position critique des barres. Si 1/M diminue plus vite que prévu, la criticité est plus proche que prévu : l’opérateur doit avancer lentement. [CONTENT ?/?]
Essai de chute de barre : Une barre de commande est lâchée dans le cœur depuis une position connue. L’insertion soudaine de réactivité négative provoque une décroissance exponentielle de la puissance. En mesurant la vitesse de décroissance, la valeur de la barre peut être calculée. [CONTENT ?/?]
La décroissance initiale suit : P(t) = P₀·exp(-t/T_negative) [CONTENT ?/?]
où T_negative dépend de la valeur de la barre. Plus la valeur est grande, plus la décroissance est rapide. [CONTENT ?/?]
Périodomètre inverse : La salle de commande affiche la période du réacteur (positive = puissance croissante, négative = puissance décroissante). Pendant le démarrage normal, la période est maintenue entre 30 et 60 secondes. Des alarmes se déclenchent si la période descend sous 20 secondes. SCRAM automatique si la période descend sous ~10 secondes. [CONTENT ?/?]
Accidents de criticité (historique) : Dans les premiers programmes nucléaires, les accidents de criticité (expériences Dragon de Los Alamos, réacteur SL-1, Tokaimura au Japon) avaient un facteur commun : un ajout incontrôlé de réactivité au-delà du seuil de criticité prompte. À Los Alamos, les physiciens utilisaient des hémisphères de plutonium nus : tout glissement les rapprochant trop provoquait une criticité prompte. Louis Slotin survécut brièvement à un tel accident en 1946 ; Harry Daghlian n’y survécut pas en 1945.
SL-1 : Criticité instantanée par éjection de barre (1961) [CONTENT ?/?]
SL-1 : Le premier accident mortel de réacteur au monde
[CONTENT ?/?]Le SL-1 (Stationary Low-Power Reactor Number One) était un petit réacteur expérimental de l’armée américaine situé au Idaho National Laboratory. Le 3 janvier 1961, trois opérateurs effectuaient une maintenance : ils reconnectaient manuellement les barres de commande. [CONTENT ?/?]
L’accident : La barre de commande centrale a été retirée manuellement d’environ 67 cm (26 pouces) en 0,5 seconde environ. Ce retrait unique a ajouté environ 3–4 dollars ($3-4) de réactivité positive : bien au-dessus du seuil de criticité instantanée de 1$. [CONTENT ?/?]
Physique : À ρ > β = 1$ la criticité instantanée a été atteinte. Les équations de cinétique ponctuelle montrent qu’à la criticité instantanée, la période stable se réduit à la durée de vie des neutrons prompts (~10 µs). La puissance a augmenté d’un facteur ~10 000 en environ 4 millisecondes. [CONTENT ?/?]
Énergie libérée : Environ 1,3 × 10¹⁷ fissions se sont produites dans les 4 premières ms. Le caloporteur s’est vaporisé de façon explosive. L’explosion de vapeur a projeté un jet d’eau vers le haut à ~160 km/h, emportant le couvercle de la cuve et les barres attachées. Un opérateur a été empalé par une barre de commande et cloué au plafond. [CONTENT ?/?]
Cause : Pourquoi une seule barre valait-elle 3-4 dollars ? Dans le SL-1, trois barres contrôlaient l’ensemble du réacteur et chacune avait une très grande valeur. La barre centrale seule valait ~5$. De plus, le réacteur était fortement chargé en combustible neuf en début de vie, sans xénon, état de réactivité maximale.
Leçons : Les conceptions de réacteurs doivent garantir qu’aucune éjection de barre de commande unique ne puisse provoquer une criticité prompte. Les limites de « rod worth » sont désormais une exigence standard de conception. L’accident SL-1 a conduit directement à l’obligation de systèmes d’arrêt indépendants et à des limites sur la valeur individuelle des barres. [CONTENT ?/?]
Three Mile Island : LOCA + confusion des opérateurs (1979) [CONTENT ?/?]
TMI-2 : un accident de système
[CONTENT ?/?]Three Mile Island Unit 2 (REP, 906 MWe, Pennsylvanie) a subi une fusion partielle du cœur le 28 mars 1979. Aucune criticité prompte ne s’est produite : le réacteur a SCRAMé avec succès. L’accident était une perte de refroidissement (LOCA) combinée à une erreur humaine. [CONTENT ?/?]
Événement initiateur : une vanne de décharge pilotée (PORV) restée ouverte sur le pressuriseur. La vanne s’est ouverte correctement lors de la montée de pression, puis n’a pas pu se refermer. Le fluide primaire s’est échappé en continu par la vanne ouverte. [CONTENT ?/?]
La confusion clé : un voyant sur le pupitre indiquait que la PORV avait reçu un ordre de fermeture, mais il s’agissait d’un indicateur de signal et non de position. La vanne était ouverte ; les opérateurs pensaient qu’elle était fermée. Ils ont vu « le niveau du pressuriseur monter » (le niveau montait parce que l’espace vapeur se remplissait, symptôme de perte de pression et non de trop-plein) et ont conclu que le système était trop rempli. Ils ont alors réduit l’injection de refroidissement d’urgence. [CONTENT ?/?]
Le cœur : pendant environ 2 heures et 20 minutes, le cœur a été partiellement découvert. Sans refroidissement, la chaleur de décroissance (environ 1 % de la puissance nominale même à l’arrêt) a fait monter la température du combustible au-delà de 1 200 °C. Le Zircaloy s’est oxydé par la vapeur (Zr + 2H₂O → ZrO₂ + 2H₂). Environ 45 % du combustible a fondu et s’est accumulé au fond de la cuve. [CONTENT ?/?]
Succès de l’enceinte : malgré des dommages sévères au cœur, le bâtiment d’enceinte a empêché un rejet significatif de produits de fission. Environ 17 curies d’iode radioactif et 2,5 millions de curies de gaz rares ont été rejetés : important, mais bien en dessous des niveaux catastrophiques. Aucun décès par irradiation.
Leçons : L’ingénierie des facteurs humains est devenue une considération obligatoire en matière de sûreté nucléaire. Les salles de commande ont été redessinées. Des indicateurs de position ont remplacé les indicateurs de signal pour les vannes critiques. Les procédures d’exploitation d’urgence ont été réécrites pour une réponse basée sur les symptômes (et non sur les événements). La Nuclear Regulatory Commission a été restructurée. [CONTENT ?/?]
Tchernobyl : Coefficient de vide positif + dérogation des opérateurs (1986) [CONTENT ?/?]
Tchernobyl : La tempête physique parfaite
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L’unité 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (RBMK-1000, 3 200 MWt) s’est autodétruite le 26 avril 1986 lors d’un essai de sûreté. L’accident résulte de la conjonction d’une conception de réacteur défectueuse et d’une série de décisions des opérateurs qui ont placé le réacteur dans sa configuration la plus dangereuse. [CONTENT ?/?]
L’essai : L’essai de ralentissement de la turbine visait à démontrer qu’une turbine en ralentissement pouvait fournir suffisamment de puissance pour alimenter les pompes de refroidissement d’urgence pendant les ~75 secondes nécessaires jusqu’au démarrage des groupes électrogènes diesel. L’essai avait déjà été tenté trois fois et avait échoué. C’était la quatrième tentative. [CONTENT ?/?]
Conditions préalables (chacune dangereuse seule ; fatales ensemble) : [CONTENT ?/?]
1. Empoisonnement au xénon : Un retard de 9 heures (demande du réseau) a provoqué une accumulation de xénon. Pour poursuivre l’essai, les opérateurs ont retiré presque toutes les barres de commande. Les spécifications techniques d’exploitation exigeaient un minimum de 15 barres de commande dans le cœur ; au moment de l’accident, seules 6 à 8 étaient insérées.
2. Faible puissance : Le réacteur fonctionnait à ~200 MWt (~6 % de la puissance nominale). Dans cette gamme de puissance, le coefficient de vide du RBMK était fortement positif. [CONTENT ?/?]
3. Pompes de refroidissement à débit maximal : Des pompes supplémentaires fonctionnaient pour l’essai, provoquant un débit d’eau sous-refroidie : suppression de l’ébullition et nécessité de retirer encore plus de barres pour maintenir la puissance. [CONTENT ?/?]
4. Défaut de conception des barres AZ-5 : Lors de l’insertion complète depuis la position totalement retirée, les barres à pointe de graphite ajoutent brièvement une réactivité positive avant que la section absorbante n’entre dans le cœur. [CONTENT ?/?]
La séquence de l’accident : [CONTENT ?/?]
- Début de l’essai. La vanne de la turbine se ferme. Le débit de refroidissement diminue. L’eau commence à bouillir. [CONTENT ?/?]
- Le coefficient de vide positif ajoute de la réactivité. La puissance commence à augmenter. [CONTENT ?/?]
- Les opérateurs prennent conscience de la situation et appuient sur AZ-5 (arrêt d’urgence SCRAM : toutes les barres en insertion). [CONTENT ?/?]
- Les pointes de graphite des 211 barres de commande entrent simultanément dans le cœur, ajoutant brièvement ~3 $ de réactivité positive : l’effet inverse de celui recherché.
- En ~3 secondes, la puissance a atteint environ 30 000 MWt (~10× la puissance nominale), voire jusqu’à 30 000× dans certains canaux de combustible. [CONTENT ?/?]
- Excursion de criticité prompte. La fragmentation du combustible provoque une explosion de vapeur. Une seconde explosion, plus importante (probablement due à une criticité prompte dans davantage de combustible), survient 2–3 secondes plus tard. [CONTENT ?/?]
- Le couvercle du réacteur de 1 000 tonnes est arraché. Le graphite et le combustible en combustion sont dispersés sur le site. [CONTENT ?/?]
Pourquoi cela s’est produit dans un RBMK et ne pouvait pas se produire dans un LWR : [CONTENT ?/?]
- Le coefficient de vide négatif des LWR signifie que l’ébullition réduit la puissance, et ne l’augmente pas [CONTENT ?/?]
- Les barres de commande des LWR n’ont pas d’embouts en graphite : le SCRAM ajoute toujours une réactivité négative [CONTENT ?/?]
- Le combustible des LWR est enrichi : il ne nécessite pas une insertion extrêmement faible des barres de commande pour maintenir la puissance [CONTENT ?/?]
Analyse comparative des accidents
Défense en profondeur
Pourquoi les réacteurs disposent de plusieurs barrières de sûreté indépendantes
[CONTENT ?/?]La sûreté nucléaire moderne repose sur la défense en profondeur : plusieurs barrières indépendantes, chacune conçue pour prévenir ou atténuer les accidents même si les barrières précédentes échouent. [CONTENT ?/?]
Les cinq barrières dans un REP : [CONTENT ?/?]
1. Matrice du combustible : la céramique UO₂ retient environ 97 % des produits de fission même à haute température [CONTENT ?/?]
2. Gaine du combustible : tubes en Zircaloy qui contiennent les pastilles de combustible et empêchent la libération des produits de fission dans le caloporteur [CONTENT ?/?]
3. Enceinte sous pression primaire : cuve du réacteur, pressuriseur et tuyauterie du circuit primaire : acier de 15 cm [CONTENT ?/?]
4. Bâtiment de confinement : béton armé + liner en acier, conçu pour résister à une explosion de vapeur interne et à un impact d’avion externe [CONTENT ?/?]
5. Zone d’exclusion : restrictions d’utilisation des terres autour du site
Systèmes de secours (actifs) : [CONTENT ?/?]
- ECCS (Emergency Core Cooling System) : systèmes d’injection haute pression et basse pression qui inondent le cœur en cas de perte du caloporteur primaire [CONTENT ?/?]
- SCRAM (Safety Control Rod Axe Man : le terme original était littéral) : toutes les barres de commande s’insèrent en <2 secondes [CONTENT ?/?]
- Aspersion d’enceinte : brouillard d’eau qui refroidit et dépressurise l’enceinte après un accident [CONTENT ?/?]
Sûreté passive (conceptions Gen III+ : AP1000, ESBWR) : [CONTENT ?/?]
- Réservoirs d’eau alimentés par gravité au-dessus du réacteur : aucun besoin de pompes ni d’alimentation électrique [CONTENT ?/?]
- Refroidissement par circulation naturelle utilisant les différences de densité de l’eau : aucune pompe requise [CONTENT ?/?]
- Recombineurs autocatalytiques passifs (PAR) dans l’enceinte : convertissent H₂ + O₂ → H₂O sans inflammation, empêchant les explosions d’hydrogène
- L'AP1000 est conçu pour une période de grâce de 72 heures sans action de l'opérateur [CONTENT ?/?]
La leçon de Fukushima : Les systèmes de sûreté passive de l'AP1000 ont été conçus spécifiquement en réponse aux modes de défaillance de Fukushima. Les pompes actives du système de refroidissement d'urgence (ECCS) de Fukushima ont perdu leur alimentation en courant alternatif (les générateurs ont été inondés par le tsunami). Les systèmes passifs ne nécessitent aucune alimentation externe. [CONTENT ?/?]
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Concevoir un réacteur sûr [CONTENT ?/?]
Synthèse
[CONTENT ?/?]Vous disposez désormais de la boîte à outils physique complète pour l'ingénierie nucléaire : formule à quatre facteurs, criticité, neutrons retardés, modération, cycle du combustible, coefficients de réactivité, thermohydraulique et analyse d'accidents. [CONTENT ?/?]